Job est l'une des pépites précieuses de ce début d'une compétition internationale qui s'annonce déjà particulièrement relevée. Film précieux car il vient de loin, les images datent de 1988, et parce qu'il fut tourné dans l'urgence, avec un matériel disparate attribuant différents statuts à l'image (noir et blanc, couleur), souvent rudimentaire (étrange poésie de la bande-son). Ces données ne retirent donc rien, au contraire, à la valeur esthétique de l'ensemble ; un grain plein de texture et d'aspérité s'en dégage. Le montage renvoie à cette image-matière et il n'est pas étonnant que la sculpture fut le premier medium d'expression de Rosemarie Blank.

La réalisatrice allemande, avec un sens aigu de la composition du plan, capte la fin d'une utopie à laquelle elle prit part. Un squat d'artiste d'Amsterdam vit ses dernières heures, l'assaut de la police est imminent. On découvre un bric-à-brac invraisemblable, l'espace est hérissé de planches, quelques chèvres et même un cochon traînent par-là. Dans le noir et blanc des images du nettoyage du squat, le couleur blanche des casques des assaillants se distinguent ; retour à l'ordre : faire place nette, aseptiser un espace dévolu à l'antithèse de la normalisation sociale. Les locaux sont vidés de leurs occupants à l'exception d'un des leurs : Job. Dans un espace qui se réduit bientôt à une hutte au bord du canal, on assiste à ses agissements obsessionnels effectués avec une impressionnante conviction. Dans une hypothétique quête de pureté, il dispose et redispose des copeaux sur des plaques, on songe fortement à l'agencement d'un monde idéal et à la pratique de l'Art brut. Job devient une figure du naufragé, solitaire et digne parmi les ruines.