Avec la Roumanie et la Slovaquie, la Bulgarie compte la plus grande communauté Rom, minorité transnationale d'environ 10 millions d'individus en Europe. Frédéric Castaignède a posé sa caméra dans le "quartier" de Nadejda dans la ville de Sliven. Les mots ségrégation et ghetto ne sont pas de trop pour décrire une situation qui provoque un saisissement visuel : des murs d'enceinte rehaussés de barbelés enserrent des rues défoncées et misérables où traînent beaucoup d'enfants et quelques vieilles lada. Un passage souterrain passant sous la gare relie la Cité à l'agglomération. La qualité du film est de ne pas se situer dans la folklorisation (les us et coutumes) ou dans la simple dénonciation, mais de placer la question sur la place publique de la ville de Sliven et sous le regard du citoyen-spectateur. Ceci en montrant le travail de déségrégation scolaire, les Roms ont des écoles séparées, mené par une ONG Rom. Puis c'est l'heure des élections ; les candidats redécouvrent cette minorité et draguent leur vote dans d'atroces manoeuvres : achat de voix pour l'un (ah! les footballeurs reconvertis dans la politique...) et démagogie forcenée pour l'autre. Si les scènes tournées dans le café Stefka s'avèrent peu convaincantes, ce documentaire a le mérite d'ouvrir une fenêtre qui refuse le manichéisme pour mettre en valeur toute la complexité de la situation. Frédéric Castaignède s'attache à montrer les nombreuses frontières, les invisibles n'étant pas les moindres : rejet contre méfiance, culture du préjugé et alimentation de celui-ci par les victimes de la ségrégation.